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Le « buy high, sell low » de Strategy : la logique fiscale derrière la vente de Bitcoin à 64 262 dollars

En août, Strategy a vendu du Bitcoin près de 64 000 dollars et racheté près de 80 000. Au bilan, c'est acheter cher, vendre bas ; fiscalement, cela crée aussi une perte, utile s'il y a des gains.

  • Strategy a vendu 1 690 BTC à 64 262 dollars début août, puis en a acheté 4 603 à 80 318 dollars trois semaines plus tard : acheter cher, vendre bas.
  • Choix des lots, pas de wash sale sur le Bitcoin : Strategy cristallise des pertes fiscales, que ses propres comptes jugent peu susceptibles de servir.

Vendu à 64 262 dollars, racheté à 80 318 dollars

Entre le 3 et le 9 août, Strategy a vendu 1 690 Bitcoins à 64 262 dollars en moyenne, pour 108,6 millions de dollars affectés au rachat de ses actions de préférence STRC. Trois semaines plus tard, entre le 24 et le 30 août, elle a acheté 4 603 Bitcoins à 80 318 dollars en moyenne, financés par la vente d'actions ordinaires MSTR via son programme at-the-market. Les critiques ont un nom pour cette séquence : « buy high, sell low », acheter cher et vendre bas. Les deux flux étaient distincts (la semaine même de la vente, des ventes d'actions MSTR ont aussi levé 653,1 millions de dollars pour la réserve en dollars), mais un bilan ne se soucie pas de savoir quel dollar a payé quoi. L'entreprise a laissé partir des bitcoins près de 64 000 dollars et les a remplacés près de 80 000 dollars, et ce sont les actionnaires ordinaires qui portent l'écart, sous la forme de moins de Bitcoin par action que si ces bitcoins n'étaient jamais sortis.

Le coût moyen est un chiffre de communication, pas un chiffre fiscal

Strategy publie un prix d'achat moyen unique pour l'ensemble de sa réserve, 75 385 dollars au 9 août. Fiscalement, cette moyenne n'existe pas : la réserve est faite de centaines de lots achetés à des prix très différents, et les indications de l'administration fiscale américaine permettent au détenteur de choisir les unités qu'il cède, à condition que chaque unité puisse être identifiée précisément et que sa date d'acquisition, sa base et sa cession soient documentées (à défaut, la règle du premier entré, premier sorti s'applique). Les dépôts montrent ce choix à l'œuvre. Au deuxième trimestre, l'entreprise a vendu environ 1 395 Bitcoins pour 83,2 millions de dollars, et son 10-Q inscrit ces bitcoins à un coût de 168,1 millions de dollars : environ 120 500 dollars pièce, revendus près de 59 700 dollars. La vente d'août se lit de la même façon. Le coût agrégé publié a baissé d'environ 156 millions de dollars avec la sortie de 1 690 bitcoins, soit environ 92 000 dollars l'unité, et le coût moyen de ce qui reste est passé de 75 419 à 75 385 dollars.

La perte a une valeur, mais pas une valeur garantie

Les pertes réalisées sur le Bitcoin sont des moins-values en capital, et le 10-Q comptabilise un actif d'impôt différé de 24,4 millions de dollars au titre de la perte sur les ventes du deuxième trimestre (environ 85 millions de dollars par rapport au coût). Une société américaine peut reporter une moins-value nette 3 ans en arrière et 5 ans en avant, mais uniquement sur des plus-values. La règle du wash sale, qui refuse la déduction d'une perte lorsque le même actif est racheté dans les 30 jours, vise les actions et les titres, et l'IRS traite le Bitcoin comme un bien : l'entreprise peut enregistrer la perte sans sortir du Bitcoin pendant un mois. Le hic figure dans le même dépôt. Ces 24,4 millions de dollars, avec un actif d'impôt différé de 4,12 milliards de dollars sur la moins-value latente de la réserve, sont entièrement neutralisés par une provision pour dépréciation de 4,60 milliards de dollars, la direction jugeant plus probable qu'improbable que ces actifs ne soient pas réalisés.

Pourquoi un particulier ne peut pas copier la manœuvre

Les investisseurs particuliers jouent avec d'autres règles, et pas seulement aux États-Unis. En France, l'article 150 VH bis du code général des impôts calcule la plus-value d'une cession de crypto-actifs avec une formule appliquée à l'ensemble du portefeuille plutôt que lot par lot, et une moins-value ne s'impute que sur les plus-values de même nature de la même année. Un particulier français qui aurait vendu près de 64 000 dollars puis racheté près de 80 000 dollars n'aurait aucun lot coûteux à choisir ni aucune perte à reporter sur les années suivantes. Pour Strategy, le même aller-retour remplit deux fonctions à la fois : lever des liquidités pour gérer la structure du capital et transformer une partie de la perte en actif fiscal potentiel.

Ce que Signal21 en retient

Rien de tout cela ne rend l'opération gratuite. Les bitcoins vendus sont partis, le Bitcoin par action est plus bas qu'il ne l'aurait été, et la fiscalité réduit le coût de l'aller-retour sans l'effacer. L'avantage est certain en droit et incertain en valeur : il ne vaut quelque chose que si Strategy dispose de plus-values imposables pour l'absorber, ce qui suppose en pratique un Bitcoin remontant nettement au-dessus du coût des bitcoins qu'elle détient. Comme le reste du modèle, l'angle fiscal ne paie que si le Bitcoin performe. Nos vues sur l'action sont inchangées : la vue à court terme reste Neutre / consolidation, la vue à moyen terme demeure Biais baissier, et la vue à long terme reste Fortement haussier. Cette publication constitue une analyse de marché et non une recommandation d’achat ou de vente.

Ce qui changerait la vue

  • D'autres ventes bien en dessous des achats suivants feraient de la gestion fiscale une érosion continue du Bitcoin adossé à chaque action.
  • Des plus-values imposables, surtout via une remontée du Bitcoin au-dessus du coût, donneraient une valeur réelle aux pertes fiscales enregistrées.

Sources